Charlemagne

  • Dictionnaire infernal

Charlemagne. On lit dans la légende de Berthe au grand pied que, Pépin le Bref voulant épouser Berthe, fille du comte de Laon, qu’il ne connaissait pas, ceux qui la lui amenaient lui substituèrent une autre femme qu’il épousa. Ils avaient chargé des assassins de tuer la princesse dans la forêt des Ardennes. Ayant ému leur pitié, elle en obtint la vie, à condition de se laisser passer pour morte. Elle se réfugia chez un meunier, où elle vécut plusieurs années.

Un jour Pépin, égaré à la chasse, vint chez ce meunier. Son astrologue lui annonça qu’il se trouvait là une fille destinée à quelque chose de grand. Berthe fut reconnue, rétablie dans ses droits ; elle devint mère de Charlemagne. — La légende ajoute que la première épouse de Pépin avait donné le jour à un fils, lequel, par la suite, élu pape sous le nom de Léon III, couronna Charlemagne empereur d’Occident[1].

Il serait long de rapporter ici tous les prodiges que l’on raconte de Charlemagne. Son règne est l’époque chérie de nos romans chevaleresques. On voit toujours auprès de lui des enchanteurs, des géants, des fées. On a même dit qu’il ne porta la guerre en Espagne que parce que saint Jacques lui avait apparu pour l’avertir qu’il retirât son corps des mains des Sarrasins.

Ses guerres de Saxe ne sont pas moins fécondes en merveilles, et les circonstances de sa vie privée sont rapportées également d’une manière extraordinaire par les chroniqueurs.

On dit qu’en sa vieillesse il devint si éperdument épris d’une Allemande, qu’il en négligea non-seulement les affaires de son royaume, mais même le soin de sa propre personne. Cette femme étant morte, sa passion ne s’éteignit pas ; de sorte qu’il continua d’aimer son cadavre, dont il ne voulait pas se séparer. L’archevêque Turpin, ayant appris la durée de cette effroyable passion, alla un jour, pendant l’absence du prince, dans la chambre où était le cadavre, afin de voir s’il n’y trouverait pas quelque sort ou maléfice qui fût la cause de ce dérèglement. Il visita exactement le corps mort, et trouva en effet sous la langue un anneau qu’il emporta. Le même jour Charlemagne, étant rentré dans son palais, fut fort étonné d’y trouver une carcasse si puante ; et, se réveillant comme d’un profond sommeil, il la fit ensevelir promptement.

Mais la passion qu’il avait eue pour le cadavre, il l’eut alors pour l’archevêque Turpin, qui portait l’anneau : il le suivait partout et ne pouvait le quitter. Le prélat, effrayé de cette nouvelle folie, et craignant que l’anneau ne tombât en des mains qui en pussent abuser, le jeta dans un lac, afin que personne n’en pût faire usage à l’avenir. Dès lors Charlemagne devint amoureux du lac, ne voulut plus s’en éloigner, y bâtit auprès un palais et un monastère, et y fonda La ville d’Aix-la-Chapelle, où il voulut être enseveli. On sent que tout ce récit n’est qu’un conte, mais il est fort répandu. Charlemagne, dans ses Capitulaires, consigna contre les sorciers des mesures qui méritent d’être mentionnées. Nous citerons spécialement ce passage : « Quant aux conjurateurs, aux augures, aux devins, à ceux qui troublent le temps ou commettent d’autres maléfices, l’archiprêtre du diocèse les fera interroger soigneusement et les amènera à avouer le mal qu’ils auront fait. Alors ils resteront en prison jusqu’à ce que, par l’aide de Dieu, ils se montrent disposés à se convertir. » (Voyez : Oldenberg, Vétin, etc.)

1.

Voyez dans les légendes de l’histoire de France la légende de la reine Berthe au grand pied.