Anvers

  • Encyclopédie de famille

Anvers, chef-lieu de la province de son nom, et siège d’un évêché qui date de 1559, est une grande et belle ville, située à 45 kilomètres de Bruxelles, sur la rive droite de l’Escaut, magnifique fleuve qui a là 780 mètres de large sur 19 de profondeur. Sa population est de 114,669 habitants. On aime passionnément les arts à Anvers. Les chœurs, dans les églises, sont ornés de tableaux très remarquables, et les galeries des particuliers, des artistes, des marchands eux-mêmes, renferment des tableaux du plus grand prix.

Le port d’Anvers peut contenir jusqu’à mille vaisseaux du plus fort tonnage, C’est aujourd’hui le siège principal du commerce extérieur de la Belgique. Anvers possède une école ou académie de peinture, fondée en 1442, par la confrérie des peintres, et un musée de tableaux où sont réunis des chefs-d’œuvre de l’école flamande. L’ancienne cathédrale, une des plus belles constructions gothiques de l’Europe, a été bâtie du quinzième au seizième siècle ; on y contemple le chefd’œuvre de l’école flamande, la Descente de Croix de Rubens, ainsi que divers autres tableaux de ce grand maître. L’édifice a 162 mètres de long, 73 de large et 116 de haut ; 230 arcades voûtées y sont soutenues par 125 colonnes ; de chaque côté il existe une double nef. La tour, en pierres de taille, a 150 mètres de haut ; il faut monter 622 marches pour arriver à la dernière paierie. Cette tour est percée à jour en découpure, et va en diminuant d’étage en étage avec des galeries superposées. La seconde tour n’a jamais dépassé la première galerie. On y plaça en 1540 un carillon de soixante cloches. On remarque aussi l’hôtel de ville, rebâti en 1581 ; l’ancienne abbaye de Saint-Michel, qui servait de palais aux stathouders ; l’église Saint-Jacques, avec le tombeau de Rubens, etc. La bourse, monument curieux construit en 1531, a été incendiée en 1858. L’année suivante, le feu a atteint l’entrepôt.

Anvers est une ville très ancienne ; au treizième siècle c’était un des plus grands entrepôts de la ligue Hanséatique ; au quinzième, c’était la première ville de commerce de l’Europe. Les troubles des Pays-Bas, pendant lesquels elle fut à plusieurs reprises saccagée par les Espagnols, préparèrent sa ruine. Le traité de Westphalie, en 1648, la consomma en fermant l’Escaut. L’occupation française rétablit en 1794 la libre navigation du fleuve. De 1795 à 1814 Anvers fut le chef-lieu du département des Deux-Nèthes. La paix lui rendit un commerce qui s’est développé rapidement.

La citadelle, construite en 1567, et augmentée à différentes époques, surtout après 1803, a eu, à partir de la fin du seizième siècle, plusieurs sièges à soutenir. Les bourgeois de la ville, au temps de l’Union des provinces hollandaises, s’en emparèrent et la défendirent en 1583, avec un courage héroïque, contre le duc d’Alençon. Le duc Alexandre de Parme, commandant général des forces espagnoles dans les Pays-Bas, en commença le siège en juillet 1584 ; en août 1585, Ph. de Sainte-Aldegonde capitula, après avoir vainement tenté de couper les digues pour inonder la contrée entre Lille et Anvers. Le maréchal de Saxe en fit aussi le siège, qui dura du 25 mai au 1er juin 1746, et pendant ce temps, quoique les Français occupassent Anvers, il ne fut pas tiré un coup de fusil ni de la ville sur citadelle, ni de la citadelle sur la ville. L’armée française, commandée par les généraux Labourdonnaie et Miranda, vint encore l’assiéger le 18 novembre 1792, et elle se rendit le 30 du même mois. Au mois de novembre 1832, l’armée française, sous le commandement du maréchal Gérard, ayant sous ses ordres les jeunes ducs d’Orleans et de Nemours, vint mettre le siège devant la citadelle d’Anvers, défendue par une garnison d’environ 6,000 hommes, sous les ordres du baron Chassé. La tranchée, ouverte le 29 novembre, fut close le 23 décembre par la capitulation de la place. La résistance opiniâtre des Hollandais derrière des fossés et des murs retint pendant vingt-quatre jours et vingt-cinq nuits les soldats français dans la tranchée, avec la pluie, la boue et le froid, parmi des travaux et des périls continuels, sous le feu de la place. Dans ce siège mémorable, il fut ouvert 14,000 mètres de tranchée, et il fut tiré 63,000 coups d’artillerie. On prit aux Hollandais, par capitulation, 5,000 soldats de diverses armes, dont 185 officiers. Les Français eurent 687 blessés et 108 morts. Le roi de Hollande ayant refusé de ratifier la capitulation, Chassé se constitua prisonnier de guerre avec les 5,000 hommes qui lui restaient.

Nous n’avons pas mentionné parmi ces sièges la tentative infructueuse des Anglais en 1809. Le commerce d’Anvers aurait été florissant sans le blocus continental. Napoléon avait voulu faire d’Anvers une place de guerre défendue par une formidable flotte militaire. Les Anglais, commandés par lord Chatham, essayèrent d’incendier cette flotte et de détruire les fortifications ; mais le général Bernadotte, par sa présence d’esprit et son courage,, déjoua cet aventureux projet. En 1814 Carnot défendit cette place avec succès contre les armées coalisées. En 1859, la Belgique s’est avisée d’agrandir Anvers et d’augmenter ses fortifications, qui formeront autour de la ville et des faubourgs un vaste camp retranché appuyé à l’Escaut, et comprenant plusieurs forts reliés entre eux par une enceinte continue rattachée au nord à l’ancienne citadelle espagnole et au sud à une autre citadelle dominant des polders submersibles. Une vive polémique s’est élevée, à Anvers et dans les chambres belges, à propos de ces travaux, qui ont coûté plus de 50 millions de francs, et que le roi Léopold regardait comme absolument nécessaires.