Airain

  • Encyclopédie de famille

Airain. Ce mot répond au mot æs des Latins, par lequel ceux-ci ont désigné quelquefois le cuivre pur, mais plus fréquemment les alliages de ce métal avec un grand nombre d’autres substances métalliques, et notamment l’or, l’argent, le zinc, le plomb, l’étain. Les alliages de cuivre ont pris chez les modernes le nom de bronze. Les anciens se servaient de l’airain pour un grand nombre d’usages. Les entablements, les portes, les chandeliers, les statues des dieux, et autres ornements des temples étaient faits avec l’airain ; ils s’en servaient pour conserver la mémoire des hommes qui avaient rendu de grands services à leur patrie, qui avaient remporté trois années de suite les prix aux jeux olympiques, etc. La statue colossale de Rhodes était en airain. On fabriquait encore des armes et des ustensiles de ménage en airain. On sait que les Romains l’employèrent d’abord en masse comme moyen d’échange, et que ce fut leur roi Servius Tullius qui le premier fit monnayer cette substance.

De tous les alliages de cuivre en usage chez les Grecs, le plus estimé était l’airain fabriqué dans les îles de Délos et d’Egine. Les anciens attribuaient l’alliage magnifique appelé airain de Corinthe au hasard, à la fusion et au mélange de plusieurs métaux lors de l’embrasement de cette ville, qui eut lieu 146 ans avant J.-C. Mais ce bronze, dont les Romains faisaient tant de cas, était sans doute plus ancien. On a peine à croire à cet alliage fortuit de l’airain de Corinthe quand on sait avec quelle difficulté s’opèrent le mélange et la combinaison de plusieurs métaux de pesanteurs spécifiques différentes. Pline dit que l’on imitait l’airain de Corinthe par un alliage de cuivre, d’or et d’argent. Il indique trois espèces d’alliages : la première était blanche, et l’argent y dominait ; la seconde avait la couleur de l’or, mais ce métal n’y entrait probablement qu’en petite quantité. Dans la troisième, les métaux étaient combinés par parties égales. Il y avait un airain noir, nommé hépatizon, à cause de sa couleur d’un rouge brun foncé, qui avait assez, de ressemblance avec celle du foie : Pline n’en connaissait pas la composition ; il parait qu’elle était due au hasard. Ce bronze était moins estimé crue celui de Corinthe, mais plus que ceux de Délos et d’Égine.