Alun

  • Encyclopédie de famille

Alun, sel très anciennement connu, et qu’on appela aussi alumine vitriolée, vitriol d’argile, vitriol d’alumine, etc. Les sels qu’on nomme alun ne sont pas toujours formés des mêmes éléments : ainsi l’alun est tantôt un sulfate acide d’alumine et de potasse, tantôt un sulfate acide d’alumine et d’ammoniaque, tantôt enfin, et c’est ce qui a lieu le plus souvent, un sulfate acide d’alumine, de potasse et d’ammoniaque.

L’alun à base de potasse cristallise en octaèdres réguliers, transparents, incolores et légèrement efflorescents ; il est inodore, d’une saveur d’abord douceâtre, puis très styptique. Vingt parties d’eau dissolvent une partie d’alun cristallisé. Le même liquide bouillant peut en dissoudre un poids égal au Bien. Lorsque la dissolution contient un excès d’alumine, il cristallise en cubes, ce qui le fait alors nommer alun cubique ou alun aluminé. Si on expose l’alun a une chaleur de 100°, il fond dans son eau de cristallisation, et forme après son refroidissement l’alun de roche ; à quelques degrés de plus, il perd son eau, devient opaque, et constitue l’alun calciné ou brûlé. Lorsqu’on le cal-, cine avec du charbon, il fournit le produit connu sous le nom de pyrophore de Homberg.

L’alun à base d’ammoniaque jouit des mêmes propriétés que le précédent ; mais il se reconnaît aisément à l’odeur ammoniacale qu’il dégage lorsqu’on le traite par la potasse ou par la soude :

L’alun à base de potasse est formé d’un atome de sulfate d’alumine, d’un atome de sulfate de potasse et de vingt-quatre équivalents d’eau. Dans l’alun à base d’ammoniaque, l’atome de sulfate de potasse est remplacé par un atome de sulfate d’ammoniaque.

Les chimistes appellent encore aluns les sels dans lesquels le sulfate de soude ou de magnésie remplace le sulfate de potasse ou d’ammoniaque, et même ceux dans lesquels l’alumine est remplacée par des oxydes isomorphes avec elle, tels que le peroxyde de fer, le protoxyde de chrome, et le sesquioxyde de manganèse. Tous ces sels, en effet, cristallisent de la même manière, et possèdent sensiblement les mêmes propriétés.

Les aluns naturels sont fort rares. Cependant on trouve en abondance dans quelques endroits l’alunite, ou pierre d’alun, qui est un sous-sulfate d’alumine combiné avec du sulfate de potasse. Cette substance se trouve au mont Dore en Auvergne, à Tolfa dans les États Romains, à Beregszaz et à Musaj en Hongrie, à Milo dans l’Archipel grec. On en trouve également dans les solfatares. En Hongrie et dans les États Romains, on exploite l’alunite pour en fabriquer de l’alun. L’alun de Tolfa était jadis très recherché, parce qu’il est très pur et ne contient point d’oxyde de fer. On fabrique l’alun soit en soumettant à diverses manipulations les schistes alumineux, soit en traitant directement l’argile. On la choisit aussi exempte que possible de carbonate de chaux et d’oxyde de fer, on la calcine dans des fours à réverbère, puis on la dissout dans l’acide sulfurique. On mêle ensuite le sulfate d’alumine obtenu avec du sulfate de potasse, opération qui porte le nom de brevetage, et enfin on fait cristalliser.

L’alun à base d’ammoniaque ou ammonalun, et l’alun à base de soude ou natronalun, sont peu communs dans la nature ; le premier se rencontre sous forme fibreuse dans quelques dépôts de lignites, et le second, qui a le même aspect, se trouve dans les solfatares. L’alun de plume, qui se présente sous forme de petites masses composées de filaments soyeux, parallèles, d’un blanc éclatant, et qui ont quelquefois jusqu’à 5 centimètres de longueur, et le beurre de montagne, qui s’est rencontré sous forme de petites concrétions translucides, d’un aspect gras et résineux, près de Saalfeld, en Allemagne, et aux bords de la Mana, eu Sibérie, paraissent être des aluns à base de magnésie et d’oxyde de fer. Le beurre de montagne contient de la soude et de l’ammoniaque. Enfin il existe dans certaines solfatares, telles que celles de Pouzzole et de la Guadeloupe, une substance blanche, fibreuse, soluble, mais non cristallisable, qui est un sulfate d’alumine hydraté nommé par Beudant alunogène. M. Boussingault a découvert une espèce minérale analogue dans les schistes argileux qui bordent le Rio-Saldana, en Colombie. L’alunogène serait une matière très précieuse pour la fabrication de l’alun si elle se trouvait en grande quantité, puisqu’il ne s’agirait que de la dissoudre et d’y ajouter du sulfate de potasse.

On distingue encore dans le commerce plusieurs sortes d’alun, en raison de ses diverses origines : par exemple, l’alun d’Angleterre, l’alun de Brunswick, de Liège, de Rome, du Levant, etc.

L’alun est très employé dans la teinture comme mordant, lorsqu’il est exempt de toute trace de fer, ainsi que dans les opérations de mégisserie. On en fait encore usage dans une foule d’industries. Ainsi on s’en sert pour donner au suif plus de consistance et de dureté, pour fabriquer diverses espèces de laques, pour empêcher le papier de boire, pour clarifier les liquides, pour conserver les pièces d’anatomie ; il préserve les peaux et les fourrures des atteintes des insectes, et rend presque incombustible le bois imprégné de sa dissolution.

En médecine, l’alun est considéré comme un astringent très énergique : à hautes doses, il donne lieu à des coliques, des nausées et des vomissements. On l’emploie avec avantage dans les hémorrhagies non accompagnées d’inflammation, dans les écoulements atoniques et certaines diarrhées séreuses. À l’extérieur, on s’en sert pour combattre quelques inflammations de la conjonctive, de l’arrière-bouche et de la peau, quelques ulcérations superficielles, telles que les aphthes, et enfin les hémorrhagies externes. C’est ainsi que l’inspiration par le nez d’eau alumineuse suspend et prévient quelquefois les épistaxis rebelles. L’alun calciné est très employé à l’extérieur, comme escarrotique, pour réprimer les chairs fongueuses.