Obélisque

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  • J. J. Champollion-Figeac
  • Encyclopédie moderne

Obélisque. Cette espèce de monument public fut, dans l’antiquité, à l’usage exclusif de l’Égypte, et inventé par elle. Cette invention fut la conséquence de l’art très perfectionné d’exploiter les carrières des pierres les plus dures, telles que le granit. L’obélisque, en parlant de ceux de l’antiquité, est en effet un long prisme en pierre dure, d’un seul morceau, de forme quadrangulaire, et se rétrécissant insensiblement de la base au sommet, qui se termine en pyramide. On ne doit pas, et on l’a fait souvent, même chez les anciens, confondre l’obélisque avec la pyramide, dont la base et la hauteur se rapprochent davantage dans leurs proportions ; ni avec la stèle, nom qui fut commun en Égypte, 1° à des dalles plus hautes que larges, carrées par la base et les deux côtés, cintrées par le haut, et destinées à recevoir des inscriptions ; 2° à des monuments qui ont les formes de l’obélisque, mais qui sont comparativement de très petites proportions. La célèbre pierre de Rosette, et le petit obélisque de Philæ, élevé en l’honneur de Ptolémée Évergète II1 et transporté à Londres, sont des stèles.

Les obélisques sont particuliers à l’Égypte, et les ouvrages les plus simples de l’architecture de ce peuple célèbre. Tous les obélisques égyptiens sont d’une seule pierre, ou monolithes, de granit rose tiré des carrières de Syène dans la haute Égypte, et il est impossible de dire à quelle époque le premier obélisque fut élevé. La tradition historique attribue des monuments de ce genre aux plus anciens rois ; mais l’obélisque qui porte la plus ancienne date est celui qui se voit encore à Héliopolis, où se lit le nom du pharaon Osortasus Ier (XVIe dynastie), qui régnait vers l’an 2530 avant l’ère chrétienne. Viennent ensuite, dans l’ordre des temps, les obélisques élevés par les rois de la XVIIIe dynastie. Élevée en 1822 avant l’ère chrétienne, cette dynastie rétablit l’ancien ordre de choses en Égypte, après en avoir chassé les Hykshos, peuplade barbare qui avait conquis la basse Egypte et une partie de la haute en 2082, et les avait occupées pendant deux cent soixante ans. Il existe des obélisques de l’époque de plusieurs des princes de cette XVIIIe dynastie et de leurs successeurs ; la plupart des rois égyptiens en érigèrent. La fureur de Cambyse en détruisit un grand nombre dans les principales villes, à Thèbes particulièrement. On dit aussi que, frappé de la magnificence et de la majesté d’un des obélisques élevés par le roi Rhamsès dans cette vaste cité, le farouche conquérant fit arrêter un incendie qui menaçait ce monument. Le roi qui le fit élever, pour garantir la conservation de ce précieux ouvrage, et s’assurer des soins de l’architecte et des ouvriers employés à le dresser, avait fait attacher son fils au sommet de l’obélisque.

Si les rois grecs successeurs d’Alexandre en Égypte, les Ptolémées, n’exécutèrent pas de nouveaux obélisques, ils ornèrent avec les anciens les villes qu’ils fondèrent ou qu’ils agrandirent.

Quand l’Égypte fut réduite au rang de province romaine, Auguste comprit combien les dépouilles monumentales de l’Égypte pouvaient répandre d’éclat sur la ville éternelle, et il fit transporter à Rome deux obélisques d’Héliopolis. Caïus Caligula en demanda un troisième, et, au rapport de Pline, la mer n’avait jamais porté un vaisseau d’aussi colossales dimensions que celui qui fut construit pour cette entreprise. D’autres empereurs imitèrent l’exemple d’Auguste ; onze obélisques entiers et les fragments de plusieurs autres subsistent encore à Rome ; on en trouve aussi à Velletri, Bénévent, Florence, Catane, Arles ; Constantin et Théodose en ornèrent l’hippodrome et le palais impérial de Constantinople. Des préfets romains en Egypte y firent faire des obélisques où leurs louanges étaient écrites en caractères hiéroglyphiques, et les envoyèrent à Rome, où on les voit encore.