Aniline

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Aniline (du mot anil, nom de l’indigotier franc aux Antilles). En faisant bouillir de la potasse caustique avec de l’indigo, on obtient un acide peu soluble dans l’eau froide, mais très soluble dans l’alcool et l’éther, et qui a reçu le nom d’acide anthranilique. Cet acide cristallise en feuillets jaunâtres, semblables aux cristaux d’acide benzoïque, et se volatilise sans altération. Mélangé avec du verre pilé et soumis à une distillation brusque, il se décompose en acide carbonique et en une matière huileuse non oxygénée, incolore, d’une odeur aromatique, d’une saveur âcre et corrosive, qui est Y aniline, nommée aussi kyanol, phénylamine, phénylammoniaque, amide phénique et benzidam. Ce corps a été obtenu pour la première fois par Fritzsche. L’aniline est un alcaloïde. Elle réfracte fortement la lumière et est sans action sur la lumière polarisée ; peu soluble dans l’eau, mais soluble en toutes proportions dans l’alcool et l’éther, elle se colore en jaune au contact de l’air et se change en une matière résineuse. La dissolution est colorée en bleu violacé par les hypochlorites alcalins. Elle précipite les sels de la plupart des métaux, excepté les nitrates de mercure et d’argent. Le cyanogène se combine avec l’aniline en donnant de la cyanilide. Cette base se prête plus qu’aucune autre aux phénomènes de substitution, et peut ainsi produire un grand nombre de composés, dont les uns sont de véritables alcaloïdes, souvent très énergiques et très complexes, des acides, enfin des composés qu’on nomme aniles.

On retire aussi l’aniline de l’huile de goudron de houille agitée quelque temps avec de l’acide chlorhydrique. L’aniline est maintenant employée en très grande quantité pour la teinture. La fuchsine ou rouge d’aniline, dit aussi rouge de Lyon, se retire en traitant l’aniline par différents corps. Cette substance, entrevue en 1847 par Gerhardt, et en 1850 par Berzelius, fut obtenue en 1858 par M. Hofmann, en soumettant l’aniline à l’action du chlorure de carbone : malgré de nombreux essais, il ne put assez la purifier pour la soumettre à l’analyse. Plus tard M. Verguin, substituant le chlorure d’étaui au chlorure de carbone, donna une nouvelle impulsion à l’obtention de ce rouge, qui d’abord entre les mains de MM. Renard frères, à Lyon, en 1859, puis, de MM. Simpson, Maule et Nicholson, en Angleterre, a pris rapidement les proportions, d’une industrie de premier ordre. MM. Renard lui donnèrent le nom de fuchsine, qui rappelait à la fois la couleur du fuchsia, et leur nom (en allemand Fuchs). Depuis, une foule de corps furent employés à fabriquer le rouge d’aniline : le nitrate de mercure, l’acide arsénique, qui parait donner les meilleurs résultats, tous les corps oxydants servirent à la confection d’un produit qui enrichissait tous ceux qui se livraient à sa fabrication. Chacun lui donnait un nom nouveau. De là de nombreux procès dans lesquels MM. Renard parvinrent à faire reconnaître leur privilège exclusif à la fabrication de ce produit, qui donnait lieu à un commerce de plus de 12 millions de francs en France seulement. Il était pourtant réservé à M. Hofmann de trouver la composition et de déterminer la nature de ce corps. M. Nicholson parait avoir obtenu le premier cette substance à l’état de pureté. M. Hofmann en a tiré des cristaux d’acétate de rosaniline, nom donné à la base de la fuchsine. En traitant cet acétate par un grand excès d’ammoniaque, celle-ci se combinant avec l’acide acétique déplace un corps incolore, soluble dans l’eau, cristallisant en tablettes parfaitement blanches, qui est la rosaniline. Exposée à l’air elle devient rapidement rose et finit par prendre une teinte rouge foncé. C’est une base puissante capable de se combiner avec tous les acides. Ses sels cristallisés présentent à la lumière réfléchie l’aspect vert métallique des ailes de cantharides. Vus par transmission, ils sont rouges ; en solution dans l’alcool ou dans l’eau, ils possèdent la magnifique couleur cramoisie qui en fait une teinture fort riche mais aussi très altérable à la lumière solaire. Par de nouvelles combinaisons, surtout avec l’acide chlorhydrique, on a tiré de l’aniline du violet, du bleu, du noir. Le pétrole contient aussi les principes de l’aniline, mais leur extraction en est difficile et coûteuse. Des résidus on extrait le blanc du Japon et la colle d’or, qui se vendent fort cher en Angleterre et se consomment en petite quantité.