Tontine

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Tontine. On donne le nom de tontine à une association formée de personnes qui placent chacune un capital en commun, pour en retirer une rente viagère sur leur propre tête ou sur celle d’autrui, avec la condition que l’intérêt sera réversible, à chaque décès, sur les survivants. L’actionnaire consent à retirer de ses fonds un intérêt plus faible que s’il les eût placés en rente viagère ordinaire, dans l’espérance que, survivant à ses coassociés, il sera indemnisé de ce sacrifice momentané par un revenu beaucoup plus considérable : c’est une sorte de gageure à qui vivra plus longtemps. Ce mode de placement est un de ceux qui sont le plus propres à séduire, par les avantages qu’il promet aux rentiers assez favorisés de la nature pour atteindre à un âge avancé ; et le banquier ne manque pas de faire briller aux yeux du publie l’immense fortune promise à chaque rentier ; mais il nous sera facile de montrer que cette opération n’est qu’une déception funeste.

Commençons par indiquer l’opération sur laquelle un banquier fonde sa tontine et en calcule les effets. Les actionnaires réunis en classes sont des hommes à peu près de même âge, et qui peuvent espérer la même durée d’existence future. Mais, comme à chaque décès les survivants héritent jusqu’à ce que la classe entière soit éteinte, il est clair que les intérêts sont payés comme si tous les rentiers vivaient, et qu’ils cessassent tous de vivre ensemble, à l’âge du dernier survivant. Ce terme de la vie humaine est supposé de quatre-vingt-seize ans ; le plus souvent aucun des rentiers n’atteint cette limite, et on peut regarder les cas rares où cet âge est dépassé, comme amplement compensés par ceux où il n’est pas atteint. Ainsi le banquier est supposé payer toutes les rentes viagères jusqu’à ce terme ; et pour déterminer le taux d’intérêt, il doit calculer une annuité qui sera résolue dans l’espace de temps compris entre la moyenne des âges de la classe et la quatre-vingt-seizième année.