Université

  • L. A. Auger
  • Encyclopédie moderne

Université. De nos jours nous donnons le nom d’université à de grands centres d’instruction formés de la réunion des diverses facultés, c’est-à-dire de corps chargés d’enseigner les diverses branches des connaissances humaines. C’est du moins l’acception que ce mot a en Allemagne, en Angleterre, dans tout le monde enfin, excepté en France, où l’on appelle Université de France l’ensemble du corps enseignant, Les anciens ne connaissaient pas ce que nous entendons par université. En Grèce l’éducation était publique et commune. À Rome, pendant les premiers siècles de la république, l’étude des lettres et des sciences était regardée comme inutile ; ce n’est que plus tard que des écoles y furent fondées pour l’enseignement de la rhétorique et de la philosophie. Sous l’empire ces écoles se multiplièrent dans toutes les provinces soumises à la domination romaine. Celles de Gaule devinrent célèbres et florissantes. Les principales étaient établies à Marseille, à Autun, à Lyon, à Bordeaux, à Poitiers, à Toulouse, à Narbonne et à Trêves. À l’étude de la grammaire et de la rhétorique on joignait celle de la philosophie et du droit. La direction de chacune de ces écoles était confiée à un chef nommé gymnasiarque, dont l’autorité s’étendait également sur les professeurs et les écoliers. Ce gymnasiarque était assisté par des surveillants appelés proscholes, antescholes et hippodidascates, chargés de diriger l’éducation physique des jeunes gens, de veiller sur leurs mœurs, leurs habitudes et leur démarche Les empereurs pourvurent d’ailleurs, par de nombreux décrets, à la discipline et aux privilèges de ces écoles. Un décret de Valentinien (370) contenait les dispositions suivantes : « Les étudiants doivent déclarer dès leur arrivée à quelles études ils se proposent de se livrer de préférence. Le bureau des employés du cens connaîtra leur demeure, afin de tenir la main à ce qu’ils fassent leurs études. Les employés du cens veilleront à ce que les étudiants évitent toute cause de mauvais et honteux renom et toute association entre eux. Si quelque étudiant ne se conduit pas dans la cité comme l’exige la dignité des études libérales, il sera publiquement battu de verges, chassé de la ville et renvoyé chez lui. »

La dissolution de la société antique amena la ruine de ces écoles ; elles cédèrent la place aux écoles ecclésiastiques, établies dans les métropoles, près des églises, sous le patronage des évêques, qui ne dédaignaient pas d’y professer, et dans les grands monastères. Mais bientôt les écoles ecclésiastiques elles-mêmes, après avoir jeté un assez vif éclat dans le sixième et le septième siècle, rentrèrent dans l’obscurité, et l’ignorance reprit le dessus. Aussi Grégoire de Tours s’écriait il avec désespoir : « Malheur à nous ! l’étude des lettres péril parmi nous, et il ne se trouve personne gui puisse raconter dans ses écrits les faits d’à présent. »

Charlemagne, le premier, fit quelques efforts pour dissiper les ténèbres dans lesquelles tout l’Occident était plongé, à l’exception de quelques monastères isolés. Il attira à lui tous les savants étrangers, et à l’aide d’Alcuin, de Clément, de Jean Scott et de quelques autres disciples de Bède, il parvint à ranimer l’étude des lettres et des sciences dans les Gaules et en Italie. Alcuin, que Charlemagne se plaisait à nommer son maître, fut mis à la tête de l’école palatine, qui suivait ch prince dans chacune de ses résidences. Aussi les anciens historiens ont-ils attribut à Charlemagne la fondation de l’université, ou plutôt des universités. Ou sait maintenant qu’il faut arriver à une époque plus rapprochée de nous pour trouver l’origine de ces grands centres d’enseignement qui ont tant influé sur les progrès de l’esprit humain. Sous les successeurs de Charlemagne les écoles qu’il avait fondées se maintinrent, et d’autres s’établirent sous la protection de quelques prélats, de l’archevêque de Reims Hincmar entre autres, et de Foulques, son successeur. Parmi les élèves illustres sortis de l’école de Paris on cite Gerbert, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II, et qui était allé puiser la science à Cordoue et à Séville, chez les Maures d’Espagne ; l’archevêqué de Cantorbéry Lanfranc, et Roscellin, chef de la secte des nominaux.

Vers la fin du douzième siècle une révolution commença à se manifester dans les écoles européennes, elle continua au treizième, époque à laquelle furent constituées et organisées les plus célèbres universités, celles d’Italie, d’Augleterre et de Paris. Le mot université ne fut pas d’abord employé d’une manière absolue, On disait universitas magistrorum et auditorum pour désigner ta réunion des maîtres et des disciples ; ce ne fut que plus tard que ce nom fut appliqué à une corporation enseignante constituée en vertu d’un loi. Tout le monde n’avait pas qualité pour tenir une école. Il fallait être pourvu d’une licence ou permission d’enseigner, et pour l’obtenir il fallait en avoir été jugé capable par l’assemblée des maîtres, consortium magistrorum. À Paris les chanceliers de Notre-Dame et de SainteGeneviève possédaient seuls le pouvoir de conférer la licence à ceux qui avaient été jugés dignes de l’obtenir. On arrivait à la licence par un grade intermédiaire, celui de bachelier.

Philippe-Auguste est le premier roi de France qui ait songé à réglementer les écoles de Paris ; c’est lui qui le premier fixa les privilègeS universitaires. Ces écoles au nombre de trois étaient établies, l’une dans le cloître Notre-Dame, l’autre à Saint Victor, et la troisième enfin sur la montagne Sainte-Geneviève. Le nombre des écoliers qui s’y rendaient était considérable. Ils étaient attirés par les leçons d’Abeilard et de sou rival, Guillaume de Champeaux. Dès l’année 1169 il fallut diviser les écoliers par nation. Vers la même époque aussi les maîtres s’associèrent, et se choisirent un chef chargé d’assurer l’exécution des règlements disciplinaires, qui prit plus tard le nom de recteur. Quant à l’enseignement, il était alors partagé en deux facultés : théologie et arts. Les facultés de droit et de médecine ne parurent qu’au milieu du treizième siècle. Les privilèges accordés aux étudiants de Paris furent la cause de querelles sérieuses entre eux et les bourgeois ; querelles qui dégénérèrent souvent en véritables batailles. En 1196 il survint, la veille de la Saint-Martin, un conflit dans lequel cinq écoliers fuient tués. Le prévôt de Paris avait pris part à la lutte. Les écoles demandèrent justice, menaçant d’abandonner la ville, si on n’avait pas égard à leur réclamation. Philippe-Auguste, qui voulait opposer l’université aux bourgeois et même au clergé, condamna le prévôt et ses gens à une prison perpétuelle ; et il rendit en 1200 une ordonnance qui accordait de nouveaux privilèges à l’université. Cette ordonnance renfermait les dispositions suivantes : « S’il arrive qu’un écolier soit frappé d’armes, de bâtons ou de pierres, tous les laïques qui le verront arrêteront de bonne foi le malfaiteur, pour le livrer à la justice du roi ; et nul laïque ne se retirera pour ne pas voir le méfait et éviter d’en rendre témoignage. Que le malfaiteur ait été pris en flagrant délit ou non, le roi et ses officiers feront faire enquête et information par des personnes fidèles, clercs ou laïques ; et s’il est prouvé par l’enquête qu’il ait commis le crime, le roi ou ses officiers en feront aussitôt justice, quand même le criminel nierait le fait et offrirait de se purger parle duel ou par i’épreuve de l’eau. »